Justine Charroux “Grimper le plus haut possible !”

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La championne de France en titre rentre tout juste du Qatar où elle a disputé le premier Grand Prix de la saison, les Féminines ayant eu l’insigne honneur d’ouvrir les hostilités aux côtés des garçons. C’était d’ailleurs une grande première pour la catégorie WMX que d’aller s’aventurer outre-mer, et une excellente chose d’accompagner de nouveau les meilleurs mondiaux des championnats MXGP/MX2. Et, à peine revenue du Golfe Persique, Justine Charroux a dû se préparer pour l’ouverture du championnat de France, programmé ce week-end à Sommières, en compagnie des boys de l’Elite…

Comment c’est, le Mondial Féminin ? Et comment s’est déroulé ce début de campagne mondiale, là-bas au Qatar ? Est-elle prête à défendre ton titre de championne de France, dès dimanche à Sommières ? Bref, racontez-nous tout, mademoiselle et, pour commencer, who are you, Justine Charroux ?  

« Personne n’avait jamais fait de motocross, ni même de moto, dans ma famille, avant moi. Un jour, en vacances, j’avais six ans, j’ai eu l’occasion de monter sur un quad et ça m’a drôlement plu ! Quelques mois plus tard, sur un PW 50 j’ai pu goûter aux sensations du deux-roues et cela s’est confirmé, j’adorais ça. C’est ainsi que très vite, moins de deux ans plus tard, je me suis retrouvée au départ d’une course, au guidon d’un 65 cc. Près de chez moi, en Ile-de-France. Puis j’ai découvert l’école de pilotage Pro-Stage dirigée par Nicolas Langue, en Picardie.

Depuis lors, nous étions en 2001, disons que je n’ai plus quitté la structure créée par Nicolas : week-ends, vacances, dès que je pouvais, je filais dans la Somme rejoindre les rangs de mon école favorite, pour y faire mes classes, apprendre et progresser. Je ne suis pas la seule à être sortie de la pépinière Pro-Stage, des gens comme Camille Chapelière, Nicolas Dercourt, Julien Bonenfant, Mégane Pernet, Manon Haudoire sont aussi passés par là. Mais, en ce qui me concerne, je travaille toujours avec Nicolas, il est encore mon coach aujourd’hui : il me suit partout, en Mondial comme en championnat de France, partout ! J’ai effectué ma fin de scolarité dans le cadre du sport-études intégré au sein de Pro-Stage, je suis titulaire d’un BTS Banque depuis juin dernier. J’ai aussi le Brevet d’Etat d’Educateur Moto depuis l’été 2012 et désormais je travaille à mi-temps chez Pro-Stage, ce qui me permet de toucher un salaire, en complément de l’aide de mes parents. Car je ne vis pas de la moto !

"Je fais tous les efforts possibles, j’essaie de tout mettre en œuvre pour réussir, atteindre les sommets et ce n’est pas gratuit !"

Oh non, loin de là ! Je revendique haut et fort le statut de professionnelle, mais ce n’est pas la vérité : dans les faits, oui, entre mon job et la compétition je vis ma passion à 100%. Mais, financièrement parlant, je dirai que, même si je suis considérée comme une sportive de haut niveau depuis cinq ans, si je fais partie de l’Equipe de France depuis trois ans, si je bénéficie d’une aide de la FFM et d’un entraîneur national, je ne gagne pas ma vie en tant que pilote. J’avoue que je coûte toujours de l’argent à mes parents. En grande partie, à cause de mon engagement en championnat du monde : les Grands Prix coûtent très cher. Tenez, le GP du Qatar, par exemple : si l’on ne peut que se féliciter du fait d’être allées outre-mer, d’avoir roulé aux côtés des MX1 & 2, ça coûte aussi énormément d’argent. Je tutoie le top-niveau, ce qui signifie une professionnalisation sans cesse accrue et par conséquent la nécessité d’investissements de plus en plus lourds, à tous les niveaux, entraînement, matériel, entourage, déplacements… Je fais tous les efforts possibles, j’essaie de tout mettre en œuvre pour réussir, atteindre les sommets et ce n’est pas gratuit !

D’autant qu’on ne peut toujours que déplorer, même s’il y a de réels progrès, notamment grâce au « retour » du WMX dans le giron des MXGP cette saison, le manque de médiatisation dont souffre le cross féminin. Pourtant, il faut voir l’évolution de la catégorie ! Le niveau a complètement explosé ces dernières saisons et les observateurs qui prennent la peine de s’y intéresser sont forcément surpris par le niveau, qui ne cesse d’augmenter. Sérieux : les quinze premières, ça roule ! Avec l’arrivée d’une fille comme Meghan Rutledge, le retour de Steffi Laier et Livia (Lancelot), de Larissa Papenmeier aussi, en plus des Chiara Fontanesi et Natalie Kane, c’est chaud ! Pour l’heure, ces filles sont un peu au-dessus, mais je ne désespère pas de les rattraper, de faire jeu égal, voire de les battre : je suis là pour ça, pour m’améliorer, faire de mieux en mieux et grimper le plus haut possible ! Championne du monde, un jour ? il faut y croire, tout en sachant se montrer réaliste. Alors, pourquoi pas ?

J’avais participé au Touquet Jeunes en 2012 et 2013, terminant 28ème et première Féminine l’an dernier. J’ai voulu m’essayer au « grand » Enduropale cette année, même si c’était une décision un peu tardive, que je n’avais pas préparé l’affaire comme il aurait fallu et que je ne disposais que de deux-et-demies (je n’ai encore jamais piloté de 450 cc). J’ai tenu à m’y aligner malgré tout, dans la mesure où de toutes façons cela constituait une excellente préparation d’avant-saison et où, et cela s’est confirmé « à l’usage », c’est un super tremplin au plan médiatique. De plus, en tant que Picarde, je suis venue en « voisine »… Si je devais faire un bilan de ma course, je dirais que j’étais plutôt satisfaite à l’arrivée. Pourtant, j’ai terminé un peu en vrac : dans le dernier tour, en effet, je me suis déboîté une épaule… C’est un truc qui m’arrive de temps en temps, l’épaule qui « sort » et qui, hop, revient toute seule en place, dans la seconde. Seulement, là elle est restée démise quelques secondes, cinq, dix, je ne sais pas trop, plusieurs en tous cas et ça a causé un épanchement de synovie. Malgré la douleur, qui m’a ralentie sur la fin, j’ai fini 118 au scratch, 9ème MX2 et seconde Féminine, assez loin de Livia (Ndlr : 39ème) certes, mais elle roulait en 450, pour la seconde année consécutive et avait soigneusement préparé sa course. Bref, même si j’avais un peu mal, j’étais plutôt contente de moi, en rentrant du Touquet. Mais j’ai vite déchanté : je devais partir dans le Sud le lendemain pour, après le sable, me remettre à la terre et préparer le premier GP. J’ai très vite compris que je serais incapable de rouler : un mal de chien, d’une. Et deux semaines d’immobilisation, ont dit les médecins.

Autant dire qu’en partant au Qatar… quinze jours après, je n’étais même pas sûre de pouvoir courir le week-end ! Côté guérison, c’était juste-juste et, surtout, je n’avais pas pu du tout remuscler l’épaule. Bref, j’étais dans le doute complet. Dès les essais, j’ai vu que, oui, j’allais avoir mal, mais que pourrais rouler. Alors, évidemment, dans de telles conditions, je considère mon top-10 (9/12) sur l’ensemble du GP comme un petit miracle… D’autant que, peu en confiance, j’ai totalement loupé mes envolées ! En première manche, la piste, trop arrosée, était une vraie patinoire, mais sans doute cela m’a-t-il aidé, c’était moins physique que sur le sec. En seconde manche, j’ai davantage souffert, ça tapait dur… Mais j’ai pu constater que, et ça m’a rassurée, avec de bons départs, je devrais être capable de faire dans les 6 ou 7, tout près du top-5. Je pense être en mesure d’arriver au prochain GP, en Italie, le 13 avril, en pleine forme et, l’an passé, n’avais-je pas fini une manche en 4ème position (Ndlr : Derrière Rutledge, Laier et Fontanesi) ? Pour en revenir à Losail, j’ai beaucoup apprécié. Le fait de rouler de nuit ne m’a pas perturbée, j’ai trouvé que c’était bien éclairé. Ça change un peu, c’était sympa.

"J’ai pour habitude de m’occuper d’abord de mon cas, de mes affaires avant tout"

Ce week-end le championnat de France débutera à Sommières, encore bien trop tôt pour mon épaule et ma condition physique en général, mais c’est comme ça et je n’y peux rien. De plus ça enchaînera dès la semaine suivante à Illats ! Considérant ma faiblesse musculaire et le manque d’entraînement, ce ne sera sûrement pas une partie de plaisir, je vais devoir m’accrocher, faire le dos rond et tâcher de prendre malgré tout une provision de gros points, autrement dit de limiter les dégâts en attendant des jours meilleurs… C’est dommage, dans la mesure où, comme l’an dernier, Livia est partie en Thaïlande, elle va donc louper la première épreuve. J’espère que ma blessure ne m’empêchera pas trop de profiter du handicap qu’elle s’impose ! En ce qui me concerne, j’arriverai à Sommières, comme sur tout le championnat 2014, en tant que tenante du titre, avec la ferme intention de conserver la couronne, mais la série sera très longue, avec pas moins de neuf rounds : il pourra se passer tant de choses d’ici à la mi-septembre… La concurrence ? Outre Livia, forcément, qui en huit épreuves seulement est capable de forcer la décision, je citerai en premier lieu Jessie Joineau, toujours en progrès, Eléonore Valat aussi, très solide. Je ne sais pas si Amandine Verstappen sera à Sommières, ou non. On verra bien ! J’ai pour habitude de m’occuper d’abord de mon cas, de mes affaires avant tout. 

Pour finir, je voudrais profiter de la tribune que représente cette prise de parole sur mx2k.com pour saluer l’arrivée à mes côtés d’un nouveau sponsor : Connexion Verte. Opérateur internet haut débit par satellite, c’est déjà devenu, en assez peu de temps, un gros investisseur du milieu de la moto tout-terrain en France, comme on a pu s’en rendre compte au GP de France, à Bercy ou encore le week-end dernier à Ernée, comme aux côtés du Team SR de Josse Sallefranque, notamment. J’ai rencontré les responsables un peu par hasard, ils étaient intéressés par l’opportunité de parrainer une représentante de la catégorie Féminine et nous avons très vite trouvé un accord. C’est tout récent, ça date de la semaine avant le Touquet : inutile de préciser que je suis ravie de porter leurs couleurs…

Allez, bises à toutes et tous, et rendez-vous dès ce week-end à Sommières, ou sur une autre étape des championnats féminins (voir calendriers). N’hésitez pas, venez nous encourager, venez voir les filles, vous ne serez pas déçus ! ».   

Justine Charroux digest

Née le 29 mars 1993
A Saint-Germain-en-Laye (78)
Réside près d’Amiens (80)
Débuts à moto à 7 ans (sur un Pee-Wee 50)

Palmarès

– Débuts en compétition à 8 ans, en 65 cc, en Ligue d’Ile-de-France
– Monte en 85 en Ligue de Picardie
– Fréquente le MiniVert de manière épisodique
– Monte en 125, 2ème du Trophée Féminin 2007
– 3ème du Trophée de France Féminin 2008
– Intégrée au Collectif Espoir FFM, participe à son premier  GP (France)
– Championne de France MX Féminin, 21ème Championnat du monde 2009
– 15ème championnat du monde 2010
– Vice-championne de France, 13ème championnat du monde (5ème GP de France) 2011
– Vice-championne de France, 4ème championnat du monde 2012
– Championne de France, championne d’Europe par équipes, 7ème championnat du monde 2013
– 118ème scratch, 9ème MX2, 2ème Féminine Enduropale 2014

Sponsors : Yamaha, MotoLand Amiens, Pro-Stage, Kenny, Silkolene, Afam, Polisport, Akrapovic, Tip-Top, CL Brakes, Klemens Designs, mxgponline, FFM, Connexion Verte, HD Elec, SARL Serge Morand, D&G Communication, Just For Pictures, la Région Picardie, le Département de la Somme
www.justine-charroux.com
Facebook : Justine Charroux #52

Calendriers

WMX (Mondial)
Qatar (Losail) : 1er mars
Italie (Arco di Trento) : 13 avril
Pays-Bas (Valkenswaard) : 4 mai
France (Saint-Jean-d’Angély) : 1er juin
Allemagne (Teutschenthal) : 22 juin
République Tchèque (Loket) : 27 juillet

Championnat de France Féminin
Sommières (30) : 9 mars
Illats (33) : 16 mars 14
Auterrive (32) : 6 avril
Quinssaines (03) : 21 avril
Fublaines (77) : 11 mai
Rousson (30) : 24 mai
Baugé (49) : 15 juin 
Saint-Chamond (42) : 6 juillet
Condé-sur-Escaut (59) : 14 septembre

Photos copyrights Stanley Leroux / Valentin Guinberteau

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