Supercross de Bercy 2010 : « Bilan » de cette 28ème édition

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Eh oui, comme le temps passe ! J’ai parfois l’impression que 1984, c’était hier… Décidément ce quart de siècle a filé à toute allure. Dans mon Panthéon personnel, Bercy reste un événement à part, forcément, je ne peux le nier. Alors, lorsque Val m’a demandé un « bilan », j’ai préféré laisser passer quelques jours, histoire de ne surtout pas juger à chaud, de laisser retomber la pression, pour tenter d’être objectif, dans la mesure du possible.

Il s’annonçait mémorable, le cru 2010 : le choix de miser sur les jeunes stars du MX planétaire, c’était assurément LA bonne idée. Hélas, mille fois hélas, Ken Roczen puis Trey Canard, deux têtes d’affiche pourtant dûment signées (et qui personnellement avaient montré un réel désir d’être de la partie), ont au final, pour diverses raisons, déclaré forfait. Cela dit, on pouvait tout de même espérer une bonne édition, sportivement parlant, avec un plateau homogène et somme toute assez excitant malgré ces défections.

Un mot de la date, pour commencer, plus tardive que lors des éditions précédentes : c’est un plus, a priori. Cela fait quelques semaines que la saison de motocross est achevée et les aficionados ont envie de compétition, ils éprouvent déjà le manque…

J’ai observé un public très nombreux : le vendredi, le POPB était quasi-plein, rien à voir avec l’an passé. Quant à samedi et dimanche, ça s’est joué sold out et j’ai trouvé ça impressionnant. Après deux années difficiles (la crise, la grippe…), le supercross semble reprendre du poil de la bête. Comme je l’ai déjà dit, l’envie était palpable, j’ai d’ailleurs ressenti une grande ferveur de la part des spectateurs en général. Majoritairement jeunes et des plus enthousiastes, assez hot et plutôt connaisseurs, dans l’ensemble. Un public qui se renouvelle, se régénère et c’est une excellente chose !

Parlons ensuite de la piste : toujours présentée, depuis les débuts du SX à Bercy, comme l’une des composantes majeures, si ce n’est la star des soirées parisiennes, elle a effectivement une importance énorme, comme on va le voir. Le tracé paraissait à première vue identique à celui de l’an dernier et c’était bien le cas, au sens du départ près, histoire de ne jamais rééditer exactement le même circuit deux ans de suite, tout simplement. Ce qui au final s’est avéré une mauvaise pioche : ça peut paraître insignifiant, mais ça fonctionnait bien mieux dans l’autre sens, première constatation. Ensuite, sachez que les règles de sécurité ont évolué avec les ans, qu’il faut désormais veiller aux accès pour les secours et ne plus placer de doubles ou triples sauts au ras des tribunes, par exemple, si l’on veut obtenir l’aval des autorités lors de l’inspection des services de sécurité. Ainsi, avec trois aller-retour dans l’arène, soit six pistes parallèles, plus les installations pour le freestyle, a-t-on obtenu ces dernières années un circuit de plus en plus… étroit. Un phénomène porté à son paroxysme lors de cette dernière édition, avec une largeur moyenne d’autant plus insuffisante que la plupart des pilotes utilisent aujourd’hui des 450 cc. Deuxième point.

Toujours à propos de la piste, il convient aussi d’évoquer la terre elle-même : depuis trois ans elle n’est plus stockée au même endroit qu’autrefois, ce qui non seulement oblige à de nombreuses et longues rotations de camions, mais de plus, faute d’abri, la livre aux intempéries, sans protection. Et comme cette année il a beaucoup plu… Vous avez compris, c’est un matériau très humide qui a servi à la construction du circuit, d’où les difficultés enregistrées dès les essais du vendredi, avec des ornières se creusant de manière intempestive dans un sol trop meuble, bouffant des chevaux qui plus est et par conséquent désavantageant les 250 cc. Ça s’est certes arrangé au fil des soirées mais, incontestablement, il y a eu comme un souci à ce niveau. Et de trois.

Et, c’est indéniable, ces problèmes de piste ont eu leur part de responsabilité, au-delà de la simple fatalité, dans les (trop) nombreux crashs qui ont émaillé le week-end et la soirée de vendredi en particulier. Beaucoup de casse en effet côté bonshommes, ce qui a sensiblement « appauvri » les effectifs, du côté des étrangers notamment : Michael Byrne, Grant Langston et Max Anstie out plus, à un degré moindre, Blake Wharton et Gautier Paulin (en finale), il y a eu du dégât le premier soir ! Une hécatombe qui a forcément mis un coup au spectacle, mais au travers de laquelle se sont faufilés la plupart des Français, Marvin Musquin excepté (une paille !), qui s’est explosé un genou alors qu’il avait pris le meilleur départ lors de la finale du samedi. Une blessure apparemment sérieuse, qui fait écho à l’alerte connue en début de saison en Elite à Romagné et risque de remettre en question la première saison de SX du nouvel officiel KTM-USA.

Finalement, Canard absent, Wharton diminué (coup sur la cafetière) dès le premier soir, Morais jet-laggué puis aux prises avec des ennuis techniques, il est tout de même resté deux Américains pour tirer les marrons du feu, en fin de compte. Evidemment. Comme toujours. L’un plutôt inattendu, dans la mesure où il n’a jamais brillé outre mesure de l’autre côté de l’Atlantique, où il est juste considéré comme un bon second couteau, je parle de Kyle Chisholm : coaché de main de maître par DV, team-manager Yamaha-MotoConcepts, l’ancien faire-valoir de Bubba Stewart a produit une jolie prestation, ne cessant de progresser, jusqu’à frôler la victoire le dernier jour. L’autre, comme on pouvait s’y attendre en revanche, comme on en rêvait pour tout dire, a merveilleusement rempli son contrat : dans la grande tradition de la saga de Bercy, la dernière révélation en date, le nouveau kid qui explose à Paris avant de devenir un réel top-gun de retour sur ses terres la saison suivante, il s’agit, vous l’aviez deviné, mesdames & messieurs, de Justin Barcia. Pour sa première apparition sur une 450, le Californien a sans coup férir conquis le titre de King of Bercy et le public du POPB, assumant non sans panache son rôle de favori, rappelant parfois, à divers égards, un certain Damon Bradshaw. Vite, teigneux, flamboyant, de la graine de star : on n’en doutait pas, Justin a confirmé. King, étoile, et sauveur.

Coup de chapeau aux GP boys : De Dijcker, qui découvrait plus ou moins le SX, n’était pas super dans le coup mais s’est donné à 110%, courageux de sa part. On a vu du bon Tonus, pourtant pas au mieux mentalement puisqu’il n’a pas encore semble-t-il toutes les assurances par rapport à sa saison 2011 dans le team Suzuki. Un super Cairoli, enfin : voilà un mec, quadruple champion du monde, number one MX1 depuis deux ans qui, au terme d’une longue saison, pourrait buller tranquille chez lui en Sicile, faire du ski nautique ou aller à la pêche, mais qui au contraire vient mettre sa réputation en jeu, prendre des risques et en baver un max’ (car ça n’a pas toujours été facile), faisant preuve d’une volonté de fer, se battant et roulant de mieux en mieux pour terminer au pied du podium le dimanche : moi, je dis bravo, Tony ! Ça, c’est un champion, un vrai ! Sans doute ne sera-t-il jamais n°1 SX US, mais voilà ce qu’on appelle remplir un contrat…

Musquin et Paulin (qui n’a plus retrouvé, le samedi et le dimanche, sa superbe flamboyance du vendredi) n’ont pu finir aussi fort qu’ils avaient débuté, mais on a pu apprécier, le premier soir au moins, leur pointe de vitesse, définitivement top. GP 21 a dominé la soirée avant sa chute en finale, et de quelle manière ! Il s’était, avait-il confié, bien préparé et on a vu ce que ça pouvait donner : peut-être Gautier est-il aujourd’hui notre meilleur représentant en supercross, tout simplement, au vu de sa démonstration du vendredi ? Extrêmement rapide et sûr, malgré sa chute. Comme à chaque fois qu’on le voit aux commandes d’une 450, cela dit, il paraît tellement à son affaire… Leader désigné des Tricolores, Marvin s’est d’abord montré à la hauteur : si Gautier l’a devancé le premier soir, les conditions n’étaient alors pas les meilleures pour une deux-et-demie. Et le lendemain, avant sa chute, Mr MM faisait à nouveau honneur à son statut de double champion du monde, de N°1 français et de superstar locale.

Rien de nouveau sous le soleil, on a encore pu mesurer le niveau diabolique des Frenchies : avec MM1 et GP 21, GA 20 et CS 12 forment à l’heure actuelle un quatuor de mousquetaires made in France les plus performants qui soient. La victoire d’Aranda le samedi ou la prestation globale de Soubeyras, en lice pour le titre et finalement sur le podium du week-end aux côtés de Barcia et Chisholm parlent d’elles-mêmes. Ces jeunes garçons sont capables de tout ! Autres satisfactions nationales : Tof Martin sur une CRF, le duo Izoird/Coulon comme d’hab’ et même mieux encore, Max Lesage de retour, ou le grand Rouis.

On passe à autre chose : formidable brochette de freestylers, avec l’excellentissime André Villa, Danny Torres, l’homme en forme en cette fin d’année et des Pages brothers déchaînés, c’est à dire la plus belle affiche FMX jamais vue à Bercy, en fait. Soit le top du freestyle européen, plus les deux Japonais, pas mal du tout dans leur genre. Spectacle hélas, là aussi, assombri par le crash de Charly Pages le samedi, qui a sérieusement plombé l’ambiance en toute fin de soirée. A l’heure où j’écris ces lignes, les nouvelles sont plutôt encourageantes, mais il est certain qu’après pareil accident il est difficile de s’enflammer… Il faut noter cependant la prestation d’ensemble de son frère Tom, qui le week-end durant a scotché tout le monde avec son « Volt » et, en ridant le dimanche comme si de rien n’était, a démontré toute l’étendue de son courage : une attitude qui restera gravée dans les annales du SX de Paris.

Ah, n’oublions surtout pas les Légendes : une super idée (merci Mika, car elle vient de lui), un truc un peu bancal dans les faits (juste une démo, pas une course, avec certains anciens très décidés, super enthousiastes à l’idée de rouler à moto et d’autres pas du tout), mais au final un beau moment d’exception. Un vrai succès : un peu longuet le vendredi certes, mais on a eu notre dose d’émotion, aussi bien sur la piste avec une petite larme lâchée par un JMB accueilli (comme il se doit) en héros que dans les tribunes, où la moyenne d’âge n’était pourtant, on l’a dit, pas si élevée. La nostalgie, le respect des anciens (pas vraiment une qualité française, d’habitude), le clin d’œil à l’histoire, tout a magnifiquement fonctionné : bravo à tous, pilotes, organisateurs et fans ! Pichon, Tortelli, Vialle, Guédard, Obelisco, Béthys ont effectué quelques tours de piste, Vuillemin et Maschio se sont pris au jeu, les autres ont préféré s’abstenir, Bolley pas très chaud, Vimond en tenue (rose) mais à pied, Kervella et Demaria (blessé) en jeans et maillot d’époque sur des montures ad hoc et enfin Jean-Mi en blazer et casquette, aux commandes de sa CR 1991 bardée du n°8 à laquelle il était heureux de faire découvrir Bercy, sans oublier Roncada, en tenue de photographe. Pas dégueu’, aurait dit ce bon vieux Gainsbourg.

Plus « inside » : buzz du week-end, la tenue de Sébastien Tortelli. JT Racing is back ! Avec un Français aux commandes, s’il vous plaît. Le public de Bercy a pu découvrir les fringues de Seb’ en pure exclu avant même le lancement officiel de l’info aux US.

Alors, quid de ce Bercy # 28 ? Certains ne peuvent s’empêcher de dire que « c’était mieux avant », bien sûr. Comme à chaque édition. OK, on aimerait tous avoir vingt-cinq ans de moins, retrouver les émotions de 1984, tous ces moments merveilleux qui ont fait la légende du SX de Paris. Et notre histoire à nous. Mais il en est ainsi, les années passent, inexorablement. Et 2010 n’a plus rien à voir avec les années 80 ou 90. Rien à faire, dura lex sed lex, les gars. Bon, ça aurait pu être une édition « pierre blanche », qui marque les esprits, et ce n’est pas tout à fait ce qui s’est produit, pour les raisons évoquées plus haut. Cela dit, c’est sans doute le début d’une nouvelle ère. A propos du SX de Paris, en ce qui me concerne, j’ai comme une sorte de thermomètre perso : les Breton Juniors, mes trois fils (nés en 1980, 84 & 88) qui, on peut le dire, ont été « élevés » avec Bercy, en quelque sorte… Qui aiment et, sans être des champions, pratiquent le motocross. Deux d’entre eux sont allés au POPB le vendredi, le troisième le dimanche. Et, eux qui avaient été plutôt critiques, voire sévères envers les dernières éditions affichaient cette année une franche banane, au retour vers leurs pénates. Ils ont aimé ce qu’ils ont vu, point barre, sans chercher midi à quatorze heures. Selon eux, la note du match tourne autour de 14/20. Ça me paraît assez juste, à la réflexion.


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Voilà, je conclurai là-dessus, sans prétention, espérant juste avoir éclairé la lanterne, peut-être, de gens qui se posaient certaines questions, par rapport à leur ressenti propre, ou au vu de commentaires parfois un peu brutalement péremptoires, ici ou là. Tout en précisant que, sans être dans le secret des dieux, j’ai entendu dire que du côté de l’organisation on réfléchissait déjà aux corrections à apporter à ce qui n’avait pas parfaitement fonctionné cette année, la qualité de la terre notamment, ainsi que le tracé, des défauts auxquels il semble assez facile de remédier. Allez, see you en 2011 ! Connaissez le rendez-vous…

Par Eric "Bigritt" Breton – Photos copyright Mx2k.com

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