L’ENTREVUE avec XAVIER BOOG

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Leader du championnat de France Elite, premier français en championnat du monde MX1, pour sa première saison en 450cc, Xavier Boog fait sensation. Nouvelle star aux portes de la gloire, entre timidité, naturel et franchise, c’est une entrevue sans concession qu’il nous a livré.

Xavier, si on t’appelle le numéro 1 français, ça te va ?
X.B. : "Bof ! Moyen … ça me gène un peu. D’abord il y a Marvin Musquin qui est champion du monde en MX2. J’estime que c’est mieux d’être champion du monde en MX2 que septième en MX1 et il ne faut pas oublier Christophe Pourcel qui est aux Etats-Unis."

"Le succès est arrivé vite, je ne m’y attendais pas."

C’est quand même important pour un sportif d’avoir confiance en soi. Tu ne te sens pas prêt à être numéro 1 ?
X.B. : "Non pas vraiment, cette année le succès est arrivé vite, je ne m’y attendais vraiment pas mais par contre ça met en confiance de se sentir soutenu."

Tu dois le voir que les yeux se tournent vers toi en ce moment, ressens-tu une pression ?
X.B. : "Oui, il y a une pression supplémentaire. En fait, je l’ai surtout remarqué à St Jean d’Angély pour le GP de France. Par exemple l’an dernier, même si je faisais une bonne course à la deuxième place, pour être premier français et être remarqué il fallait gagner. Cette année, c’est plus simple d’être le premier français en MX1. J’ai ressenti le changement dès le samedi à St Jean d’Angély après ma deuxième place en qualification, il y avait énormément de monde devant l’auvent et quand j’allais de la semi au camping-car je mettais beaucoup plus de temps que d’habitude, je signais des autographes, je prenais des photos avec le public. Ce sont des choses que j’avais moins l’habitude de faire, mais bon, c’est agréable !"

Tout ceci va trop vite pour toi ?
X.B. : "Oui c’est peut être trop d’un coup mais je pense que c’est toujours comme ça. Il n’y a pas de demi-mesure. Soit tu es devant et on s’intéresse à toi, soit tu es derrière et tout le monde t’oublie."

Tu es quelqu’un de souriant, disponible, discret, calme, tu as d’énormes qualités humaines, tu es excellent sur la moto, mais justement au niveau des défauts, as-tu décelé des choses à corriger dans ton pilotage ? Que dois-tu encore améliorer ?
X.B. : "Je dois améliorer à tout prix les entrées de virages. Je dois arriver plus vite et avec plus d’angle. Quand je compare avec les autres pilotes, ils sont souvent beaucoup plus inclinés que moi. Je ne peux plus dire les départs car en ce moment tout va bien et j’espère cette année pouvoir encore faire des départs en tête pour accumuler de l’expérience aux avants postes."

Qu’est ce que tu t’es dit en Allemagne quand tu étais en tête du grand prix ?
X.B. : "En première manche, je me suis dit qu’il fallait que je profite d’être devant mais je sentais que je roulais crispé et pas à mon niveau. Je n’étais pas très à l’aise, j’avais un peu peur de tomber aussi, ce qui est normal. Je ne voulais pas gâcher mon bon départ mais je sais que ce ne sont pas des choses à se dire. C’était une première pour moi! Par contre dans la deuxième manche, quand je suis passé en tête je me suis dit, là, c’est la bonne ! Mais ensuite, quand ils m’ont tous doublé, le retour à la réalité a été plus dur que je ne le pensais. J’ai tout de même beaucoup appris. J’ai vu que je pouvais aller chercher la tête de course et ça ne m’était jamais arriver avant."

Tu étais stressé ?
X.B. : "J’ai fait une grosse erreur dans une descente en deuxième manche au moment où j’ai pris la tête et à partir de là j’étais beaucoup plus tendu. Et puis j’ai quand même pris un coup au moral quand ils m’ont dépassé. Je pensais vraiment qu’ils n’allaient voir que l’arrière de mon garde boue. Je pensais pouvoir partir et gagner mais quand j’ai vu qu’ils continuaient à me suivre j’ai compris que ça n’allait pas être facile."

Justement on te sent encore un peu timide au milieu de garçon comme Cairoli, Desalle, Philippaerts. Tu as peur de faire des erreurs, tu veux tellement bien faire que tu préfères assurer ?
X.B. : "Oui, je pense qu’indirectement je préfère assurer mais malheureusement ce n’est pas ce qu’il faut que je fasse."

"Je ne me laisse plus intimider. Je me concentre sur ma course."

Tu te sens timide à côté de ces pilotes ?
X.B. : "Oui mais ça va mieux car j’ai pris l’habitude de rouler avec eux. Je me souviens encore que quand j’avais Ken De Dycker derrière moi en début d’année, je me serais presque écarté, surtout quand il met un gros coup d’embrayage pour te doubler à l’intérieur d’un virage. Maintenant ça va mieux, je ne me laisse plus intimider. Je me concentre sur ma course."

Parlons du championnat de France Elite, ta participation cette année a joué un rôle positif dans ta progression. Qu’en penses-tu ?
X.B. : "Tout a fait ! ça faisait une éternité que je n’avais pas gagner de course. J’ai pu rouler devant, faire de bons départs, j’ai pris confiance mais je savais quand même que le mondial allait être différent. Il y a eu des courses où j’ai pris un grand plaisir notamment à Ernée avec Marvin Musquin et Mickael Pichon. Ce sont de supers pilotes et nous nous sommes bien bagarrés. C’est bien de rouler avec des pilotes comme ça, au moins tu sais qu’avec eux tu te bats à la régulière. Je prends beaucoup de plaisir à rouler que ce soit à l’élite ou au mondial. Je ne cherche pas la vitesse forcément mais je m’applique à piloter comme je sais le faire, proprement. Avec le plaisir, les résultats suivent."

"Mon objectif est d’apprendre et pour le GP d’Allemagne j’ai appris à faire des tours en tête."

Tes deux coéquipiers sont blessés, tu t’es retrouvé tout seul sous l’auvent de l’équipe officielle Kawasaki, est ce que ça t’a affecté et comment l’as tu vécu ?
X.B. : "C’est sûr ça affecte. Jonathan Barragan, je ne le connais pas depuis longtemps mais on était coéquipier, on roulait souvent ensemble, on s’entendait bien et j’étais vraiment embêté pour lui car c’est un garçon qui travaille énormément et il ne méritait pas cela. Avec Sébastien, c’est différent, je le connais bien. On est souvent ensemble et c’est vraiment dommage ce qui lui arrive. L’équipe compte maintenant beaucoup plus sur moi. Ils me parlent maintenant de podiums. De toute manière je fais tout le temps de mon mieux et mon principal objectif est d’apprendre. Par exemple, en Allemagne j’ai appris à faire des tours en tête. C’est une nouvelle étape, c’est long mais j’avance."

Fait d’actualité, que penses-tu de l’équipe de France de football ?
X.B. : "C’était vraiment une honte. Les matchs de qualifications ont été plus que laborieux, depuis le début on sentait que ça n’allait pas bien se passer. J’ai trouvé ça nul. Même au niveau des supporters, des personnes qui ont fait le déplacement, qui sont passionnés, qui ont payé cher leur billet, ils ne pouvaient même pas voir les joueurs ou simplement l’espace d’un instant. C’est honteux !"

Autre sujet qui te touche plus particulièrement cette fois-ci, le motocross féminin. Ta petite sœur participe notamment au championnat de France. Est ce que tu trouves ça bien ?
X.B. : "Je ne vais pas dire non car sinon ce sera la guerre à la maison (rire). ça me plait bien. ça met un peu de vie dans les paddocks. Franchement, c’est un sport où il n’y avait que des mecs avant, c’est agréable de voir plus de filles. Je trouve que c’est une bonne chose. Il faut qu’il y en ait pour tout le monde. Si les filles veulent faire de la moto, et bien elles montent dessus et c’est très bien !"

Tu n’as pas peur pour ta sœur ?
X.B. : " Oh si ! Là, je me rend compte ce que vivent les parents. Je ne l’ai vu qu’une seule fois cette année à Pernes les Fontaines lors de l’Elite mais je n’étais pas rassuré. Pourtant ce n’est pas une casse-cou mais ça me faisait quand même un peu peur pour elle."



Autre thème, as-tu quelque chose à proposer pour faire évoluer le motocross ?

X.B. : " Je pense qu’il faudrait plus d’écoles de pilotage dans les clubs pour proposer des entraînements encadrés aux jeunes. Pour commencer le motocross, si tes parents n’y connaissent rien c’est compliqué, personne n’est là pour t’aider. Avec des moniteurs le mercredi après midi sur les circuits ce serait beaucoup mieux pour les jeunes et il y aurait certainement plus de monde qui ferait de la moto. Je pense qu’il y a beaucoup de parents qui n’essaient même pas car ils ne s’y connaissent pas.

A-t-on des chances de te voir en supercross cet hiver ?
X.B. : " Oui ! Où ? Je ne sais pas encore. J’aime le supercross mais tout dépendra aussi dans quel team je roulerai l’année prochaine, s’il me laisse le droit ou non de faire du SX."

Bercy, ça te plairait ?
X.B. : "Bien sûr. C’est quand même le plus gros supercross français, c’est toujours sympa d’y rouler. Je l’ai fait une fois mais ça reste quand même un rêve. C’est ce que l’on voyait à la TV. On voyait tous les américains, c’était cool. D’ailleurs, hormis un grand prix, Bercy est l’une des seules courses que je suis allé voir en spectateur. C’est toujours spectaculaire !"

"Pour les Nations, je me verrais bien avec Musquin et Pourcel."

On termine par le motocross des nations. Si tu y participes, tu aimerais être avec qui ?
X.B. : "Je verrais bien Marvin Musquin en MX2 et éventuellement Christophe Pourcel en MX1. Sinon je dirai Seb Pourcel, je vais faire un peu de favoritisme pour mon coéquipier."

Merci Xavier, et continue sur ta lancée.

Par Maxime "MxMax" MARTIN – Photos copyright Sarah Gutierrez

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